Vous avez forcément dû entendre parler de l’approche intégrée du genre, les bailleurs de fonds demandant de plus en plus à ce que les projets présentés la prennent en compte. Un nouveau cadre d’action, un nouveau critère particulièrement important, mais comment faire concrètement pour l’intégrer lors de la création d’un projet ? Afin de mieux saisir ce que tout cela signifie, j’ai suivi le MOOC Genre et Développement du Campus AFD. Cet article résume les éléments principaux à connaître et à prendre en compte. Les informations utilisées proviennent en grande partie de l’Agence Française de Développement (AFD). 

1 – Qu’est-ce que le genre ?

Ce n’est pas nouveau, les inégalités entre les hommes et les femmes sont toujours bien présentes. La crise du COVID-19 a par ailleurs renforcé ces inégalités, les femmes ayant, entre autres, des emplois plus précaires que les hommes. “Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement, la crise sanitaire amènera 47 millions de femmes et de filles supplémentaires en dessous du seuil de pauvreté.”  

À l’inverse du sexe, qui renvoie à des notions purement biologique, physique et physiologique, “la notion de genre renvoie à une réalité sociologique” dans laquelle on s’attend à ce que les femmes et les hommes aient des comportements et des rôles différents au sein de la société. Ces attentes entraînent alors des situations de hiérarchisation, de stigmatisation, de pouvoir, de domination, voir d’exclusion au détriment des femmes.  Ainsi, ” le concept de genre nous permet de comprendre que les inégalités femmes-hommes sont le résultat de nos pratiques culturelles, sociales ou religieuses. Elles ne peuvent en aucun cas être justifiées par des prédispositions biologiques, mais sont le résultat de phénomènes qui ont été inventés, construits et perpétués par nos sociétés. Le genre est donc un outil d’analyse des constructions et des représentations sociales.”

Par ailleurs, des facteurs structurels renforcent souvent ces inégalités: l’âge, l’appartenance ethnique, une situation de handicap, l’orientation sexuelle, ou encore le fait d’habiter en zones rurales ou urbaines.

2 – Qu’est-ce que l’approche intégrée du genre ?  

Selon la définition du Conseil économique et social des Nations unies, il s’agit de “la lutte contre les inégalités femmes-hommes et l’autonomisation des femmes au cœur du projet de coopération internationale.” Elle demande donc à ce que chaque porteur de projets prenne en compte le genre dans toutes les dimensions d’un projet ou d’un programme, afin d’éviter de creuser ou d’accentuer ces inégalités, voir de les corriger. Un marqueur genre, c’est-à-dire une note entre 0 et 2, peut être utilisé par certains bailleurs, notamment publics, pour définir le degré de prise en compte des inégalités femmes-hommes dans un projet.

Attention, tous les projets ne concernent pas forcément l’autonomisation des femmes et des filles et ne peuvent donc pas être notés 2, ce qui est normal. En revanche, la prise en compte de la dimension genre doit être centrale dans la réflexion autour de la création d’un projet et à toutes les étapes du cycle du projet.  

Enfin, qu’entend-t-on par autonomisation ? “Concrètement, c’est permettre à chacun et chacune d’acquérir la capacité de faire des choix et d’agir de façon autonome sur sa propre vie, son environnement, sa communauté ou la société.  Elle permet en effet d’inscrire les actions de développement dans une logique d’émancipation et d’accès au pouvoir des femmes, que ce soit dans l’accès aux savoirs, le contrôle des ressources économiques et productives, la participation aux espaces de décision, ou encore le droit de disposer de son corps.”

3 – Comment intégrer le genre de vos projets de développement ?

Pour rappel, le but principal de l’approche intégrée du genre est d’éviter de renforcer les inégalités de genre, peu importe l’objectif principal de votre projet. 

Chaque étape du cycle du projet est concernée. Voici donc ci-dessous ce qu’il convient de faire à chaque étape: 

            a. Identification des problématiques et besoins

Que faire : Conduire une analyse genre pour obtenir des informations sur la situation en matière d’égalité hommes femmes.

Une analyse genre, c’est avant tout l’analyse des rôles et attitudes, de l’accès et le contrôle des ressources, des besoins et intérêts, de la participation des femmes et des hommes ainsi que des rapports sociaux de sexe. Cette analyse va permettre d’identifier les inégalités sociales et de genre ainsi que le système des acteurs qui peuvent interférer sur l’atteinte des objectifs généraux du projet.” 

L’analyse peut être conduite au niveau d’un pays, d’une région, d’une communauté, d’un secteur ou d’un projet. 

Comment faire :

  • via une analyse à l’échelle contextuelle: données sexo-spécifiques quantitatives et qualitatives disponibles dans le pays, sur le secteur (ex.: le cadre légal international et national, l’existence ou non de stratégie genre globale ou sectorielles, les projets et l’identification des intervenants clés sur le secteur.)
  • via une analyse à l’échelle du projet: va permettre d’identifier les risques et les opportunités du projet en lien avec les inégalités femmes hommes. L’analyse permettra d’identifier les barrières et contraintes à la participation des femmes et des hommes au projet et devra proposer des actions pour lever les freins à cette participation.

Outil pratique: Il existe de nombreuses ressources sur les données genre d’un pays, comme par exemple les “Profile Genre Pays” de l’AFD.

Question clé : Faut-il agir sur les inégalités femmes hommes dans ce projet et pourquoi ?

            b. Conception / Planification du projet

Que faire : Elaborer un cadre logique incluant le genre avec des objectifs visant à réduire les inégalités et des indicateurs pour mesurer le progrès.

Comment faire :

  • Définir un objectif qui cherche à transformer les rapports sociaux de genre, ainsi que la promotion des intérêts stratégiques des femmes.
  • Définir des activités qui vont chercher à corriger les inégalités (approche spécifique) et/ou à prévenir les inégalités (approche transversale).
  • Définir des indicateurs de genre (quantitatif, qualitatif ou de perception) pour évaluer la réduction des inégalités. Attention, on parle d’indicateurs sexo-spécifiques lorsque l’indicateur apporte uniquement une information sur la situation des femmes et des hommes sans progression.
  • Définir un budget spécifiquement dédié à l’intégration de l’approche genre dans le projet.

Outils pratiques 

  • La théorie du changement, feuille de route du projet qui permet de projeter la façon dont on imagine atteindre le changement souhaité.
  • Le cadre logique, outil de pilotage qui permet de définir les objectifs opérationnels, les activités, les indicateurs et les moyens.

Question clé : Comment agir pour réduire ces inégalités ?

            c. Mise en oeuvre du projet

Que faire : Développer des activités qui bénéficient à l’égalité avec des moyens adéquats.

Comment faire : Un projet intégrant le genre repose sur 3 piliers:

  • les activités du projet doivent garantir que les femmes et les hommes y auront un égal accès ;
  • une parité femmes-hommes dans la composition des équipes du projet, les lieux de gouvernance et de prise de décision comme les différents comités ;
  • un monitoring désagrégé par sexe avec des indicateurs de suivi sur la participation des femmes et des hommes aux activités.

Outil pratique : Le cadre logique à utiliser en tant qu’outil de pilotage.

Question clé : Est-ce que mon projet agit effectivement sur la réduction des inégalités ?

            d. Évaluation du projet

Que faire : Mesurer l’impact du projet sur les hommes, les femmes et les rapports de genre

Comment faire : “Intégrer le genre dans le système d’évaluation ne demande pas de créer un système spécifique, mais vise plutôt d’intégrer le genre dès l’élaboration de l’évaluation. Certaines méthodes de collectes utilisées sont plus propices à une analyse genre comme les enquêtes, les focus groupes, ou l’analyse des comptes rendus d’activités. De même, il peut être pertinent de veiller au niveau d’implication des parties prenantes, dont celles bénéficiaires du projet.”

Outil pratique : L’évaluation est construite autour de 5 critères : l’effectivité, l’efficacité dans l’atteinte des objectifs, la pertinence, la cohérence interne et l’efficience.

Question clé : En quoi mon intervention a-t-elle permise de faire évoluer les inégalités, les discriminations et les relations de pouvoir relatifs au genre ?

En conclusion

Vous l’aurez compris, l’approche intégrée du genre n’est pas une nouvelle fantaisie, elle est essentielle pour assurer une action réelle sur les inégalités qui polluent nos sociétés et l’impact à long terme de vos projets. Elle s’intègre à tous les niveaux, y compris au sein même de vos organisations ! Alors pensez aussi à intégrer le genre à l’interne. 

J’espère que cette feuille de route vous permettra donc d’y voir plus clair pour intégrer le genre de façon systématique à tous vos projets. 


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